Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 11:06

Joint au téléphone depuis la France, Wilfrid PICKENE donne sa lecture sur le cinquantenaire de l’indépendance du Congo qui sera fête sous le règne du Président Sassou.

 

 

L’Observateur : 15 août 1960 - 15 août 2010 : le Congo célèbre le cinquantenaire de son indépendance, que vous inspire cet anniversaire ?

 

Wilfrid PICKENE : De la fierté, d’abord. Une grande fierté. Le Congo, notre pays, est entré dans l’Histoire en se construisant sa propre histoire. C’est un chemin qu’il poursuit depuis cinquante ans et, lorsque je regarde en arrière, non pas comme un historien mais avec les yeux d’un citoyen congolais, j’éprouve de la fierté à nous voir nous, peuple congolais du Congo et d’ailleurs, marcher toujours sous les nobles préceptes des pères de l’Indépendance. Cela me fait dire que nous sommes sur la bonne route et j’envisage donc l’avenir avec confiance. Pour moi, cet anniversaire est avant tout une promesse pour le 21ème siècle…  Si l’on veut toutefois dresser un bilan, depuis l’indépendance, on ne peut naturellement pas manquer Denis Sassou N’Guesso dont l’œuvre est très marquante pour notre pays. Il lui revient l'honneur et la lourde responsabilité de faire le point à mi-centenaire mais certaines réalités plaident déjà en sa faveur : il a d’abord pacifié le pays et permis ainsi de l’engager dans un plan de vastes modernisations. Le problème de l’endettement, on l’a vu récemment, a été très sérieusement pris en considération, ce qui a aussi eu le mérite de démontrer que la voix du Congo pèse davantage dans les négociations internationales. Elle est même un moteur parmi les voix africaines. Cet ensemble d’éléments, et il y en aurait d’autres, est bien-sûr très important et très encourageant.

En cette heure de célébration cependant, je ne vous cacherais pas la déception qui est également la mienne. Car un autre bilan, malheureusement plus noir, peut être fait sur les 26 années que compte Denis Sassou N’Guesso à la tête de notre pays : celui concernant le choix des hommes, de leur engagement et de leurs responsabilités politiques. Sur ce point, je ne peux être que déçu qu’une impulsion plus nette n’ait pas encore été donnée. Je ne nie pas les efforts de Denis sassou N’Guesso qui l’a lui-même reconnu et dénoncé récemment, mais il n’est pas clair pour tout le monde que l'engagement politique c'est « servir » et non « se servir ». Tout dirigeant est bien au service de la Nation, non l’inverse…. Il doit en outre être capable de comprendre et de traduire dans les faits la parole et les directives de son chef. Trop souvent, celles-ci sont perverties pour des intérêts individuels. Cette corruption de l’action politique doit cesser. C’est un mal qui gangrène une grande partie de l’action présidentielle et qui mine les efforts de tout un peuple. Le président Sassou est très conscient de cela, il a même été très ferme, sans toutefois pouvoir imposer sa vision. Chacun pourra se rendre compte que si cette vision avait été comprises et mise en œuvre, le Congo aurait avancé de deux pas au lieu d’un aujourd’hui… Je vous annonce la naissance très prochainement, sous la bénédiction de Denis Sassou N’Guesso lui-même, d’un mouvement politique qui incarnera la vision et les valeurs qu’il prône. Mes chers compatriotes: n’ayons pas la mémoire courte, réjouissons-nous d'avoir eu Denis Sassou N’Guesso.

 

 

L’Obs. : Je ne vous comprends pas très bien, voulez-vous dire que DSNG rencontre des résistances dans l'exercice du pouvoir ?

 

WP.: Non, la question ne se pose pas exactement en ces termes là… Je fais plutôt référence au comportement de quelqu’un qui n’exécute pas la volonté de celui de qui il se réclame. Je comprends votre étonnement, je le rencontre souvent et partout, surtout ici en Europe, quand je débats de ces questions. Vous savez comme moi qu'un pays se gère d’une manière collégiale, en collectif, c'est à dire en équipe. Il y a bien un chef mais celui-ci joue avant tout le rôle de grand coordinateur et d’inspirateur. Mobutu, par exemple, disait qu’il était chef, mais pas ministre des finances, pas ministre du travail ou ministre de l'éducation nationale...  Il soulignait par là ce nécessaire travail d’équipe qu’impose la conduite d’une nation. Aujourd’hui, Denis Sassou N’Guesso pourrait faire la même remarque car on constate trop souvent que les réalisations concrètes menées dans le pays sont en fait ses œuvres personnelles et individuelles. Il se lève pour la paix, pour une infrastructure… Mais il se lève seul et ne peut se lever tout le temps... Mon propos n’est pas ici d’incriminer l’actuelle gouvernance, personnellement je me réfère à nombreux d’entre eux comme par exemple les Ministres Firmin Ayessa,  Charles Zacharie Bowao, Jean Jacques Bouya et j’en passe mais plutôt d’appeler tous les dirigeants au ressaisissement et à la mobilisation. En ce sens, je les invite, ainsi que tous les congolais, à relire ou réécouter le message que Denis Sassou N’Guesso a adressé à la nation le 31 décembre 2004. Il a, à mon humble avis, donné le véritable le cap du projet politique à long terme du Président. Rappelons-nous que l'éléphant est inépuisable pour le nombre que nous sommes : suivons le guide !

 

 

L’Obs. : Serez-vous présent à Brazzaville pour la fête et que pensez-vous des critiques virulentes de l’honorable Jean Claude Ibovi sur certaines pratiques des gouvernants ?

 

WP.: Il est important de célébrer dignement cet anniversaire, avec ou sans moi, je ne suis qu’une goutte d’eau dans la mer. Quant aux critiques de Jean Claude Ibovi, il est clair qu’elles visent ceux qui tirent le pays vers le bas en fournissant des efforts contraires à ceux que déploient Denis Sassou N’Guesso en faveur  du développement du pays. Je ne peux que souscrire à ces critiques car elles rejoignent très largement mes propres propos. Des pratiques irresponsables sont observées chez certains acteurs politiques auxquelles il faut mettre fin. C'est évidemment une question de moralité, question centrale aujourd’hui au Congo. Je félicite et je soutiens donc l’honorable Jean Claude Ibovi. Son franc parlé est connu de tous et je me joins à sa proposition pour demander au Président de la République la mise en place d’une structure et la conduite de reformes allant dans la sens de la moralisation de la vie politique, car c’est une fois de plus une question de moralité. Le président en disant:: " l'œuvre de modernisation et d'industrialisation dans laquelle j'entends engager le pays ne produira pleinement les effets escomptés que si elle se déroule dans un contexte politique et social apaisé." fait allusion à mon sens à une remise en cause courageuse des antivaleurs,  pratiques irresponsables des acteurs politiques. Le contexte politique et social apaisé sous entend un contexte dans lequel l'intégrité, l’honneur, l'altruisme, l'amour de la patrie seront intériorisés.

 

 

L’Obs. : Lors des dernières élections présidentielles, vous aviez marqué la campagne de Sassou N’Guesso en lançant, depuis la Seine à Paris vers l'océan à Pointe-Noire, la victoire au 1er tour. Vous aviez alors été un acteur visible et notable dans la victoire de Sassou. Qu'êtes vous devenu depuis ?

WP.: Je vous remercie pour cette reconnaissance et pour l’intérêt que vous aviez porté à mes actions. J’ai asséné, je crois, certaines vérités qui se murmurent et qu’on ne dit pas tout haut, tout en menant des actions concrètes de promotions des idées du Président et en mobilisant, à mon échelle, l'électorat en faveur de Denis Sassou N’Guesso. J’ai fait mon travail, en militant convaincu. Aujourd’hui, je crois toujours que Denis Sassou N’Guesso est une véritable chance pour le Congo. La gestion d'un pays, c'est un peu comme à la coupe du monde, un sélectionneur et son équipe. Le coach, c'est le Président. Il constitue une sélection pour gagner et le remanie selon les failles,  la stratégie, les missions et les objectifs à atteindre. Moi, en réécoutant les messages du Président, je comprends avec clarté la stratégie adoptée et les moyens mis en œuvre pour y arriver. J’ai donc confiance en la victoire et, en homme de conviction, je conserve toute ma confiance en Denis Sassou N’Guesso. Quel bonheur d’avoir écouté le Président du Congo sur France Info en France le 31 mai très tôt le matin interviewé par Raphaëlle Duchemin lors du sommet Afrique-France, j’étais envahi de joie, de fierté… Denis Sassou N’Guesso qui se lève tôt et si on prenait l’exemple, imaginez les retombés. J’ai d’ailleurs été amusé que Jean François Coppée, président du groupe UMP à l’assemblée nationale française, déclare le 16 juin 2010 que son gouvernement allait mettre en place une politique pour engager la France sur le chemin d’avenir… Sassou n’est-il pas un modèle ? Le Congo, lui, est déjà sur le chemin d’avenir !

 

 

L’Obs. : Vous avez parlé de la coupe du monde… Elle est organisée pour la 1ère fois en Afrique, que représente pour vous cet évènement ?

 

WP.: C'est d'abord un grand évènement pour l'Afrique et une grande fierté pour les Africains ! C'est une reconnaissance de la place de l'Afrique dans le monde... Car l'Afrique a son rôle à jouer, elle doit être acteur et non simple spectateur, aux cotés des autres puissances du monde dans les décisions qui engagent l’humanité toute entière... Mais concernant la coupe du Monde, savez-vous que Nelson Mandela a été le principal artisan du choix de l'Afrique, notamment celui de l'Afrique du sud, pour abriter la coupe du monde 2010 ? Il s’agit d’un évènement grandiose et historique. D’ailleurs, si vous me le permettez, je reviendrais un peu sur l’histoire pour rappeler quelques faits qui, peut-être, sont oubliés ou méconnus par certains. Je voudrais en effet revenir sur les liens très étroits qu’entretiennent Nelson Mandela et Denis Sassou N’Guesso et, ce faisant, dénoncer ce qu’il y a d’injuste à ne pas hisser l'image du Président Sassou à côté de celle de son éminent homologue Sud-Africain. Il y a pourtant entre eux une cohérence politique et internationale très forte. Tenez ! En 1986-1987, alors qu'il était président en exercice de l'OUA, DSNG a sans cesse lutté pour la libération de l'Afrique et de la Namibie. Il avait mis en place le Fond Africa pour venir en aide aux peuples opprimés par le régime de l'apartheid. Souvenons-nous également des colonies qui avaient été installées dans le sud du pays pour accueillir les enfants opprimés de la Namibie. Ces enfants avaient ensuite été scolarisés à LOUDIMA. Souvenons-nous encore de la collecte des produits de première nécessité, organisée dans toutes les écoles du Congo, pour venir en aide aux peuples opprimés de l’Afrique Australe ou des programmes radio " La voix de la SWAPO", diffusés depuis Brazzaville, pour faire échos dans le monde de ce qui se passait en là-bas.
Souvenons-nous aussi du grand symposium littéraire des écrivains, organisé à Brazzaville en 1987, contre l’Apartheid. Toutes ces actions, et bien d’autres, ont été initiées par le Président Denis SASSOU N’GUESSO. Elles ont contribué de manière significative à la libération de Nelson MANDELA, mais aussi à celle des peuples de l’Afrique Australe.  Après avoir été libéré en 1990, Nelson MANDELA est devenu le Président de l’Afrique du Sud le 10 mai 1994.


Deux années plus tard, il a reconnu l’implication et les efforts du Président Denis SASSOU NGUESSO dans le succès de la libération des peuples de l’Afrique Australe. En 1996, le Président Nelson MANDELA faisait la déclaration suivante : «  Je reconnais dans le président Denis SASSOU NGUESSO un homme qui n’est pas seulement l’un de nos dirigeants africains, l’un de ceux qui ont présidé aux destinées de l’Organisation de l’Unité africaine, mais également l’un de ceux qui ont soutenu, de façon inconditionnelle, les revendications de nos combattants pour la liberté, et qui ont œuvré, sans relâche, pour libérer de leurs chaînes les peuples opprimés et contribué à leur redonner dignité et espoir. Nous n’oublierons jamais ses efforts continuels en faveur de la libération des peuples de l’Afrique Australe. Nous n’oublierons jamais le négociateur qui a accueilli, à Brazzaville, la conférence internationale ayant conduit à l’indépendance de la Namibie, ainsi qu’à la reconnaissance de l’ANC par le régime de l’apartheid et à la libération de tous ses prisonniers. C’est aussi à cet homme-là que je rends hommage »

Je m’excuse si ma réponse a été un peu longue, mais je suis content que la coupe du monde m’ait permis ce rappel historique. Il n’est sans doute pas superflu tant l’image du Président est parasitée, déformée et ne reflète pas l’homme véritable. J'en appelle d’ailleurs à l'attention du Président, comme je l’ai déjà fait dans la conclusion de mon livre "Servir Denis SASSOU NGUESSO et le Congo", pour la mise en place d'une véritable structure chargée de porter la parole, de promouvoir les idées et les actions de Denis SASSOU NGUESSO au Congo, en Europe et dans le monde.

 

 

Par Wilfrid Pickene - Publié dans : Emissions/Entretiens
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