Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 12:33

Ces temps de célébrations et d’anniversaires – celui de l’indépendance de notre pays et de plusieurs pays africains ou, plus, récemment, l’hommage rendu par la France à son ancien dirigeant le Général de Gaulle – sont propices à la réflexion. En invitant à se remémorer les leçons du passé comme à consentir des efforts de prospective sur les lendemains, ils sont toujours nécessaires pour se raffermir dans le présent : ils sont ces moments où se réaffirment le mieux les fondements d’une nation, son unité, ses aspirations, sa détermination comme son potentiel. Ces commémorations nous rappellent également combien sont solidaires et se confondent les destins des nations et ceux des grands hommes qui les dirigent. Chaque citoyen le sent bien qu’il place souvent cet intérêt supérieur, celui de son pays, au cœur de son expression démocratique et dans le choix de ses hommes d’état.

 

Sassou, De Gaulle : qui se souvient des généraux ?

Notre jeune démocratie, dont l’histoire est déjà riche, est marquée depuis plusieurs décennies par une figure majeure et plurielle, celle du Général et Président Denis Sassou N’Guesso. Je ne peux m’empêcher de la rapprocher de la grande figure française du Général et Président De Gaulle dont les concitoyens honorent aujourd’hui la mémoire. Cette comparaison, qui ne va pas forcément de soi dans l’opinion, est pourtant frappante de similitudes pour peu que l’on relise l’Histoire et qu’on veuille bien en retirer les enseignements. Faut-il tout d’abord rappeler la proximité du Général de Gaulle avec le Congo d’où il prononça, depuis Brazzaville, deux discours marquants et restés célèbres ? La similitude la plus évidente entre les deux hommes est certainement le grade militaire sous lequel ils ont œuvré, dans des contextes très différents, l’un pour libérer sa terre, l’autre pour l’unifier, la pacifier et la conduire enfin sur la voie de la modernité. Deux généraux qui, suite à leurs faits d’armes, ont accédé aux plus hautes responsabilités et ont eu pour même préoccupation de réinstaurer une république indépendante. Ceci n’est pas le plus mince des points communs… Cependant, au-delà de ces rôles et implications historiques, il m’intéresse également la vision qu’ils ont l’un et l’autre défendue pour leur nation et la voie qu’ils ont choisie pour elle. Car, là aussi, les convergences sont éloquentes et plus particulièrement sur trois points que je voudrais rappeler :

1. Le refus de la vassalisation du pays, c'est-à-dire l’affirmation de son indépendance sur les plans politique, économique et culturel.

2. Un pouvoir exécutif fort et stable dans lequel les prérogatives du Président de la République sont suprêmes.

3. Des actions planifiées en faveur d’un développement volontariste et pour l’aménagement du territoire.

Si on attribue volontiers ces préoccupations à De Gaulle et au Gaullisme, on les prête moins à Sassou et au Sassouisme – courant de pensée que je veux réactiver aujourd’hui – qui a pourtant et pareillement fait siens ces objectifs et ces moyens. Ces deux pensées ont bâti leur action sur ces trois piliers, chacune pour refonder la démocratie.

 

Qui doit juger Sassou ?

Le parallèle que j’ai établi entre le Général De Gaulle et le Général Sassou N’Guesso n’est bien-entendu pas fortuit et, si je ne le crois pas inutile en lui-même, je voudrais le prolonger concernant l’affaire des biens mal acquis qui vient d’être réactivée par l’action devant la justice française d’une organisation non-gouvernementale. Car je veux dénoncer, dans cette « affaire », les graves atteintes qui sont exercées à l’encontre de la souveraineté de notre pays et, en tout premier lieu, de sa souveraineté politique et judiciaire. Comment, déjà, accepter qu’un tel jugement puisse être rendu, hors de nos frontières, par des instances judiciaires étrangères sans y voir le déni des institutions de notre propre pays ? Comment, en effet, une telle affaire pourrait-elle échapper à nos juridictions ? Il n’est nullement mon propos de remettre en cause la haute qualité de la cour de cassation française, on l’a bien compris, mais bien de remettre en cause sa légitimité à intervenir dans une « affaire » strictement congolaise. L’attaque personnelle que subit le Président Sassou est d’autre part, dans un contexte où le pouvoir exécutif est la clef de voûte de la gouvernance, particulièrement inquiétante en ce qu’elle représente une menace pour la stabilité même du pouvoir. Outre la question de l’immunité reconnue à la fonction présidentielle, garante de cette stabilité du pouvoir mais qui est ici balayée, je suis toujours préoccupé des graves répercussions que pourraient générées de telles attaques contre la magistrature suprême. Une telle brèche mettrait le pays en proie à de nouveaux désordres et n’augurerait que la division du peuple congolais dans des conflits que nul ne veut revivre. Notre pays doit précisément et plus que jamais œuvrer dans le sens inverse : celui de l’unité, de la cohésion et du bien collectif. Il lui faut garantir coûte que coûte sa stabilité, sa paix intérieure et son pacte démocratique. Ceci, d’ailleurs, à l’exemple des autres grandes nations : la France n’a jamais pensé déchoir de ses fonctions son ancien Président pourtant cité dans une instruction !

Je mets ici en garde mes compatriotes car on ne fera croire à personne que ces attaques ne servent pas des intérêts partisans qui n’agissent pas que dans l’ombre… Elles sont naturellement orchestrées par ceux-là à qui, hors du Congo, elles pourraient profiter. Mais cette remarque fait la boucle et revient à la question centrale de la souveraineté du peuple congolais et du respect du principe démocratique de notre pays. Sur ce terrain, il ne faut pas transiger et c’est au peuple Congolais lui-même à qui appartient de les préserver. Le Président Sassou représente pour lui et le Congo le Pacificateur, le Bâtisseur, le Rassembleur, l’Unificateur et le Guide : ceci ne laisse guère la place à une quelconque mascarade et impose que celle-ci stoppe ici et maintenant. L’organisation Transparency Internationale n’a aucune légitimité à poursuivre dans sa mauvaise procédure, pas plus qu’elle n’a à encourager la déstabilisation du pouvoir congolais. Jamais, nous, peuple Congolais, ne devons accepter de livrer notre Président aux déstabilisateurs de tout poil.

 

Paris, le 17 novembre 2010

 


Par Wilfrid Pickene - Publié dans : Articles
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